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Les Chroniques d’Aurélion : les nouveaux apprentis
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Les Chroniques d’Aurélion : les nouveaux apprentis

Niveau 1
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Le soleil de fin d’après-midi baignait la salle du trône d’Aurélion d’une lumière d’or liquide. Les hauts vitraux projetaient des ombres géométriques sur le marbre blanc. Au centre de la pièce, Nasim, le mage de la cour, se tenait droit, son vieux bâton de frêne gravé de runes fermement ancré dans le sol.

Le roi Alden brisa le silence, sa voix résonnant sous la voûte immense. — Nasim... Les astres pâlissent, et nos frontières s'assombrissent. Si la lignée des mages de la cour s’éteint avec toi, Aurélion sombrera. Pars. Parcourt les cités, les villages oubliés, et ramène-moi la relève. Trouve ceux qui porteront l'étincelle. Nasim inclina la tête, une lueur de détermination dans ses yeux fatigués. — Le sang de la magie coule toujours là où on ne l'attend pas, Sire. Je reviendrai accompagné, ou je ne reviendrai pas.

Le lendemain, les lourdes portes fortifiées de la capitale se refermèrent derrière lui avec un grondement de fer forgé.

Le voyage commença par les terres arables d'Oakhaven. Ce premier village, niché en lisière de forêt, semblait pourtant stérile aux yeux de la magie. Dans la taverne locale, Nasim avait rassemblé les enfants. Sortant de sa sacoche de cuir une gemme de détection brute, translucide, il la passa au-dessus de chaque petite main. Rien. La pierre demeura aussi froide qu'un galet de rivière. — Aucun reflet, murmura Nasim pour lui-même, ajustant son manteau de voyage. La magie s'est cachée plus loin.

Il s'enfonça sous la canopée de la Forêt des Murmures. L'air y était plus frais, chargé d'une odeur de mousse et de mystère. Mais le silence de la forêt fut de courte durée. Un rire strident, semblable à un frottement de métaux rouillés, déchira le calme.

Trois gobelins à la peau squameuse et verte jaillirent des ronces, agitant des dagues édentées. — Du tissu bleu, de la viande tendre ! gloussa le plus grand en bavant sur ses pieds nus. Nasim ne cilla pas. Il frappa le sol du talon de son bâton. — Vous devriez apprendre à craindre les hommes en bleu, dit-il calmement.

Les runes du bois s'enflammèrent. Dans un sifflement féroce, une barrière de flammes rugissantes hautes de trois mètres jaillit de la terre. Les gobelins, pris de panique, lâchèrent leurs armes et s'enfuirent en hurlant, leurs fesses vertes roussies par la chaleur.

La végétation devint plus dense à mesure que le mage progressait. Les arbres centenaires semblaient bouger leurs branches comme des doigts arthritiques, murmurant des échos d'anciens sortilèges. Au détour d'un sentier effacé, un essaim de lucioles à la lueur bleutée se mit à danser devant lui, comme pour lui indiquer une direction. Nasim les suivit jusqu'à une clairière baignée de lumière tamisée.

Là, une jeune fille aux cheveux sombres noués à la hâte était assise sur une souche. Elle s'appelait Codhy. Ses yeux étaient fermés, son visage tendu par la concentration. Autour d'elle, par dizaines, des feuilles d'automne rousses et dorées flottaient dans les airs, tourbillonnant en une danse parfaitement orchestrée. Dans la poche de Nasim, la gemme de détection devint si chaude qu'elle menaça de brûler le tissu.

Nasim s'avança à pas feutrés, mais une branche craqua. Les feuilles retombèrent d'un coup sec. Codhy sursauta, prête à s'enfuir. — N'aie pas peur, l'enfant, dit le mage en ouvrant ses mains pour montrer qu'il n'était pas armé. Ce que tu fais là... c'est un don rare. Je m'appelle Nasim, mage de la cour d'Aurélion. Veux-tu apprendre à commander au vent plutôt qu'à simplement border les feuilles ? Codhy regarda le vieil homme, puis le blason royal brodé sur son cœur. Un sourire timide étira ses lèvres. — On m'a toujours dit que j'étais maudite... Si vous pouvez m'apprendre ce que cela signifie, alors je vous suivrai.

Le duo quitta la forêt pour affronter le Marais Brumeux. La verdure laissa place à une boue noire et spongieuse, enveloppée d'une brume verdâtre et fétide.

Soudain, le brouillard s'épaissit et des grognements sourds résonnèrent. Une meute de loups noirs géants, les yeux injectés de sang et brillants d'une lueur écarlate magique, émergea de la vase. Ils montrèrent des crocs d'où bavait de l'écume noire. — Rest derrière moi, Codhy, ordonna Nasim.

Plutôt que d'utiliser le feu qui aurait embrasé les gaz du marais, Nasim ferma les yeux. Il projeta ses bras en avant, libérant une onde d'énergie psychique invisible mais lourde. La vague d'énergie frappa les bêtes au front. Leurs regards féroces se troublèrent, leurs pattes chancelèrent, et un à un, les loups s'effondrèrent dans la boue, plongés dans un sommeil léthargique instantané.

Ils marchèrent jusqu'à un village de cabanes sur pilotis. Les habitants, le visage émacié par la pauvreté et la peur, les accueillirent avec des fourches et des harpons. — Pas de sorciers ici ! Allez-vous-en ! cria un pêcheur robuste. Nasim tira de sa ceinture un pendentif massif et le laissa pendre au bout d'une chaîne : le sceau royal d'Aurélion, étincelant malgré la brume. — Je voyage au nom du Roi Alden, annonça-t-il d'une voix qui n'admettait aucune réplique. Nous ne cherchons qu'à passer.

Les villageois baissèrent les armes, impressionnés. Mais alors qu'ils s'apprêtaient à avancer, Codhy poussa un faible gémissement et s'effondra. Sa peau était brûlante, ses lèvres bleuies. Elle avait respiré les miasmes toxiques du marais. — Codhy ! Nasim s'agenouilla à ses côtés. La fièvre des marais... Il me faut de la mousse d'argent, vite !

Sous le regard curieux des villageois, le mage fouilla les racines d'un saule pleureur à proximité, y arracha une poignée de mousse aux reflets métalliques. Écrasant les fibres entre ses paumes, il y infusa une étincelle de sa propre magie pour en extraire un suc purificateur qu'il fit boire à la jeune fille. Codhy toussa violemment, ouvrit les yeux, sa respiration redevenant régulière. Le danger était passé.

Les marécages moururent au pied des Monts d'Argent, des falaises de pierre gigantesques dont les sommets se perdaient dans le blizzard. L'ascension fut un calvaire de glace. À mi-chemin, une tempête hurla, menaçant de les balayer dans le précipice. Nasim dut puiser profondément dans ses réserves, maintenant à bout de bras un dôme magique thermique opaque qui les protégeait du froid mordant.

Lorsqu'ils atteignirent enfin un plateau rocheux, la tempête se calma, mais un nouveau comité d'accueil les attendait. Une douzaine de bandits des roches, vêtus de fourrures épaisses et armés de haches, barrèrent le défilé. — Vos bourses ou vos vies, le vieux ! lança le chef en crachant au sol.

Nasim, épuisé par le dôme de chaleur, n'avait pas l'intention de parlementer. Il pointa son bâton vers le pic rocheux qui surplombait les brigands. Un éclair de foudre assourdissant, d'une violence inouïe, frappa la pierre dans un fracas de tonnerre. Des éclats de roche plurent sur les bandits terrifiés. — La prochaine fois, ce ne sera pas la pierre que je viserai, dit Nasim, sa voix amplifiée par l'écho de la montagne. Les brigands lâchèrent leurs armes et se dispersèrent dans les pentes comme des lapins.

Plus haut, presque au sommet du monde, se dressait un monastère suspendu au-dessus du vide par d'immenses chaînes de fer. C'était le refuge des moines astronomes. Là, parmi les novices, Nasim rencontra Safrin. Ce jeune homme discret passait ses nuits à observer la voûte céleste. Pour faire sa démonstration, Safrin leva une main vers le ciel nocturne : d'un simple geste des doigts, il fit dévier la trajectoire du vent pour créer un petit tourbillon parfait qui fit danser les flammes des torches du temple. — Les étoiles me parlent, murmura Safrin d'une voix calme. Elles m'ont dit que vous viendriez, grand mage. — Alors elles t'ont aussi dit que ta place n'est plus parmi les parchemins, mais sur le terrain, répondit Nasim en souriant.

Après avoir permis à Safrin de saluer une dernière fois ses pairs, la petite troupe entama la descente vers le Port de Brise-Marine. Le sentier principal ayant été emporté par un éboulement, Nasim utilisa un sort de lévitation de groupe. Codhy et Safrin poussèrent des cris de surprise en sentant leurs pieds quitter le sol, flottant doucement le long de la paroi vertigineuse jusqu'au niveau de la mer.

L'Océan d'Émeraude s'étendait devant eux, infini et capricieux. Nasim loua les services d'un galion marchand pour traverser vers les îles extérieures. En plein océan, une tempête surnaturelle éclata, soulevant des vagues aussi hautes que des donjons. Le navire craquait de toutes parts. Nasim, agrippé au bastingage, hurla des incantations, ses mains projetant des filaments d'énergie dorée pour sceller le bois et renforcer la coque contre la fureur des flots.

Une fois la tempête passée, une brume épaisse enveloppa le navire immobile. C'est alors que le chant commença. Une mélodie d'une beauté déchirante, presque insoutenable, s'éleva des flots. Des sirènes, créatures magnifiques et cruelles, apparurent à la surface, leurs yeux clairs fixés sur les marins hypnotisés qui commençaient déjà à enjamber le bastingage pour se jeter à l'eau. — Safrin, Codhy, bouchez vos oreilles ! cria Nasim.

Le mage frappa le pont en bois de son bâton. Il n'utilisa pas la violence, mais une contre-mélodie, un sifflement magique aigu et strident qui brisa net l'envoûtement des sirènes. Les marins reprirent leurs esprits juste à temps, secouant la tête, tandis que les créatures replongeaient dans les profondeurs en feulant de rage.

Le navire, endommagé, fit escale sur l'Île aux Épaves, un cimetière de bateaux squelettiques échoués sur le sable blanc. C'est sur cette plage isolée qu'ils découvrirent Marina. C'était une jeune fille sauvage, vêtue de nacre et d'algues séchées. Sous les yeux ébahis du groupe, elle plongea dans l'eau et en ressortit quelques minutes plus tard, escortée par deux dauphins, respirant aussi normalement sous l'eau que sur terre. — Qui êtes-vous pour troubler mon île ? demanda-t-elle, méfiante, l'eau ruisselant sur son visage. — Je suis Nasim. Et je viens t'offrir un royaume où ton talent ne servira pas qu'à parler aux poissons, mais à protéger des vies, répondit le mage. Marina regarda Codhy et Safrin, sentant l'énergie magique qui émanait d'eux. Elle hocha lentement la tête. — Je viens. La mer s'ennuyait de toute façon.

Le retour vers la capitale d'Aurélion fut un choc. À leur arrivée sur les collines surplombant la cité, un spectacle de désolation s'offrit à eux. Une coalition de monstres, de gobelins de guerre et de sorciers renégats encerclait les murailles blanches. Des catapultes projetaient du feu grégeois sur les remparts. Les voies d'accès étaient lourdement fortifiées par l'ennemi.

Nasim se tourna vers ses trois apprentis. Ses yeux brillaient d'une fierté nouvelle. — C'est ici que votre entraînement commence, mes enfants. Pas dans une salle de classe, mais dans le sang et la poussière. Nous allons leur montrer la puissance d'Aurélion.

Safrin leva les mains, invoquant les courants descendants de la montagne pour lever une tempête de poussière qui aveugla les archers ennemis. Codhy, concentrée comme jamais, fit léviter d'immenses blocs de pierre du sol, les projetant comme des météores sur les machines de siège. Marina, quant à elle, canalisa l'eau de la rivière adjacente, créant des vagues béantes qui balayèrent les lignes arrières des attaquants. Nasim, au centre, menait la charge, son bâton libérant des éclairs purificateurs qui brisaient les boucliers des sorciers renégats.

L'assaut fut si soudain et si dévastateur que l'armée ennemie, prise de panique face à cette démonstration de force élémentaire, se débanda dans le chaos le plus total.

Les grandes portes de la capitale s'ouvrirent de nouveau, mais cette fois pour acclamer les héros. Nasim, fatigué mais triomphant, pénétra dans la salle du trône, suivi de Codhy, Safrin et Marina.

Le roi Alden descendit les marches de son piédestal, les larmes aux yeux. — Nasim... Tu as réussi. Le vieux mage s'inclina, posant son bâton à terre. — Sire, je vous présente Codhy de la forêt, Safrin de la montagne, et Marina de l'océan. L'avenir d'Aurélion est entre de bonnes mains. 

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